La psychose de la grippe porcine est bien en place. Afin de lire ce billet, avec toute la dramaturgie qui s'impose, je vous conseille vivement d'activer le son de la Chevauchée des Walkiries de Richard Wagner. En effet lire ces quelques lignes sans cette musique peut vous sembler bien fade. Tandis qu'avec cet air qui a donné sa pleine mesure à Apocalypse Now de Francis Ford Coppola... Cette ambiance musicale de haute tenue nous plonge bien dans le vif du sujet de cette alerte rouge sur l'échelle de Celcius.
Le moindre petit éternuement, un oeil larmoyant, un toussotement et ce sont les alarmes qui sonnent. Au bureau les mails tombent à la pelle : il n'est pas conseillé de s'approcher de Zézette, elle vient de tousser trois fois.
Un mail plus tard nous rassure : ça va, vous pouvez toucher Zézette, c'est juste un rhum, elle vient de voir son véto. Ouf ! j'ai eu peur, surtout que je venais juste de l'embrasser Zézette ; non pas sur la bouche, bien évidemment mais la bisouillette du matin entre bons collègues : Salut smack, smach, tu smack, vas bien smack. Oui, en Bretagne on embrasse quatre fois !
Sauf que depuis hier, les directives sont fermes et définitives : No kiss, no touch, no tchek. Avec les filles, je suis kiss mais avec les garçons étant dans la proche banlieue de Guingamp, c'est le tchek que je préfère, genre : Yo man give me five. Tout cela est désormais prohibé, alors on se fait un petit "coucou" stupide de la main, pour moi c'est la gauche normal, mais entre nous, cela fait quand même un peu couillon.
Par ailleurs un stock de masques est arrivé. Prévention et réglementation oblige sauf que si j'en vois un ou une qui a la grippe se promener avec un masque, je lui colle un grand coup de pied dans le fion afin de le ramener dans ses foyers. Merde on est pas à Tokyo. D'abord, il (elle) ne doit plus rester sur son lieu de travail, c'est la loi, Bachelot l'a dit.
Alors on flippe, c'est l'angoisse. On se regarde du coin de l'oeil, on se lave les mains toutes les trois minutes. Tu touches une poignée de porte : lavabo, un clavier qui n'est pas le tien : lavabo, un autre stylo : lavabo, après la photocopieuse : lavabo. Et tu te frottes les mains dans tous les sens comme le film publicitaire de la télé, en allant des poignets jusqu'à l'extrémité des doigts tout en ne négligeant pas les ongles.
Avant, au moins, avec la chtouille, on avait du plaisir avant de la choper, tandis qu'avec cette grippe du cochon, même pas un petit bonheur ! Là, on tremble seulement et on écoute Wagner.