Alliance-sciences-societe.fr dans le paysage français de la recherche engagée

Alliance-sciences-societe.fr est le portail web d’ALLISS, une association déclarée dotée d’un SIREN propre, dont la mission consiste à organiser les coopérations entre le tiers secteur de la recherche et l’enseignement supérieur. Loin d’un simple annuaire de ressources, cette structure occupe une place singulière dans le paysage français de la recherche engagée, à la croisée des sciences participatives, de la gouvernance des savoirs et de l’action territoriale.

Tiers secteur de la recherche : une notion à définir avant tout

Le tiers secteur de la recherche (TSR) regroupe des organisations qui produisent des connaissances en dehors des circuits académiques classiques et des grands laboratoires privés. Selon la définition portée par ALLISS, ce périmètre inclut le secteur non marchand (associations, syndicats, collectivités territoriales), le secteur marchand à but non lucratif (économie sociale et solidaire, groupements professionnels) et les organisations à but lucratif de petite taille (auto-entrepreneurs, groupements agricoles ou artisanaux).

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Cette catégorisation a un intérêt concret : elle rend visible une production de savoirs qui échappe aux indicateurs habituels de la recherche française. Les enquêtes de terrain menées par une association environnementale, les données collectées par un réseau de patients ou les protocoles testés par une coopérative agricole relèvent du TSR. Sans cadre institutionnel pour les reconnaître, ces travaux restent dispersés et peu valorisés.

Chercheuse en sciences sociales lisant une revue académique dans un bureau d'institut de recherche parisien

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ALLISS et alliance-sciences-societe.fr : statut juridique et réseau institutionnel

ALLISS est une association loi 1901, enregistrée au registre des entreprises avec un numéro SIREN, ce qui lui confère une existence juridique distincte d’un collectif informel. Ce statut lui permet de contractualiser avec des institutions publiques, de recevoir des financements et de siéger dans des instances consultatives.

Le site alliance-sciences-societe.fr sert de vitrine et d’outil de coordination pour cette structure. L’INRAE classe ALLISS parmi ses réseaux partenaires en sciences et recherches participatives, aux côtés d’autres dispositifs de science ouverte. Ce rattachement à un institut national de recherche distingue ALLISS des plateformes de vulgarisation grand public : l’objectif n’est pas de diffuser la science vers les citoyens, mais d’organiser la coproduction de connaissances entre chercheurs et acteurs du TSR.

Ce que la plateforme propose concrètement

  • Des groupes de travail thématiques qui réunissent chercheurs, associatifs et professionnels autour de problématiques partagées (santé, environnement, alimentation)
  • Un espace de ressources documentaires sur les pratiques de recherche participative et les cadres réglementaires associés
  • Des outils de mise en relation entre structures du TSR et laboratoires de l’enseignement supérieur, pour faciliter le montage de projets collaboratifs

Recherche participative en France : ce qui distingue la coproduction des savoirs de la simple consultation

La recherche participative recouvre des pratiques très variées, du comptage d’oiseaux par des bénévoles à la co-construction d’un protocole clinique avec des associations de patients. La difficulté réside dans la confusion entre participation et consultation.

Consulter des citoyens sur leurs besoins, puis concevoir un programme de recherche en laboratoire, reste une démarche descendante. La coproduction des savoirs, telle que défendue par ALLISS, implique que les acteurs du TSR contribuent à la formulation des questions de recherche, pas seulement à la collecte de données ou à la validation des résultats.

Le colloque de Cerisy 2023, intitulé « Vers une nouvelle alliance sciences-sociétés ? », a explicitement posé cette distinction en parlant de « revisiter les rapports entre connaissances et action ». L’enjeu n’est plus la diffusion unilatérale du savoir scientifique vers le public, mais la reconnaissance d’une capacité propre de production de connaissances au sein du tiers secteur.

Forum sciences et société dans un amphithéâtre historique français avec un conférencier et un public d'académiciens et d'étudiants

Gouvernance de la recherche engagée : le point aveugle des concurrents d’ALLISS

La plupart des pages visibles sur les moteurs de recherche à propos d’alliance-sciences-societe.fr adoptent un angle de vulgarisation : elles décrivent le « lien entre sciences et citoyens » ou « la participation citoyenne ». Ce cadrage masque une dimension plus structurelle.

ALLISS intervient sur la gouvernance de la recherche, c’est-à-dire sur les mécanismes de décision qui déterminent quels sujets sont financés, quels acteurs sont légitimes et quels résultats sont reconnus. Quand une association de terrain co-rédige un appel à projets avec un laboratoire universitaire, la question n’est plus celle de la médiation scientifique. Elle porte sur le partage du pouvoir de définir ce qui mérite d’être étudié.

Pourquoi le terme « recherche engagée » pose problème

L’expression « recherche engagée » suggère une posture militante, ce qui ne correspond qu’à une fraction des activités du TSR. Un groupement agricole qui teste des variétés résistantes à la sécheresse produit de la connaissance appliquée, pas un manifeste. Le cadre porté par ALLISS préfère la notion de coopération structurée à celle d’engagement, pour éviter de réduire ces pratiques à un positionnement idéologique.

Cette nuance a des conséquences pratiques sur le financement. Les dispositifs publics de soutien à la recherche participative exigent des critères de rigueur méthodologique. Un projet labellisé « recherche engagée » sans cadre scientifique explicite accède plus difficilement aux financements que s’il s’inscrit dans une logique de coproduction documentée.

Sciences participatives et science ouverte : articulation avec les politiques publiques françaises

La France a structuré sa politique de science ouverte autour du Comité pour la science ouverte et de plateformes comme Recherche Data Gouv ou HAL. ALLISS s’inscrit dans cet écosystème sans s’y confondre.

  • La science ouverte porte sur l’accès aux publications et aux données (open access, archives ouvertes)
  • Les sciences participatives concernent l’implication de non-chercheurs dans le processus de production scientifique
  • Le tiers secteur de la recherche, tel que défini par ALLISS, englobe des acteurs qui ne se perçoivent pas comme « participants » à la recherche académique, mais comme producteurs autonomes de savoirs

Cette distinction n’est pas anecdotique. Elle détermine si les organisations du TSR sont traitées comme des auxiliaires de la recherche publique ou comme des partenaires à part entière. Le positionnement d’alliance-sciences-societe.fr penche clairement vers la seconde option.

Le paysage français de la recherche participative continue de se structurer, avec des inflexions visibles depuis le colloque de Cerisy 2023. ALLISS reste l’un des rares acteurs à poser la question non pas en termes de médiation ou de vulgarisation, mais en termes de partage effectif de la capacité à produire et orienter la recherche. C’est probablement ce qui rend alliance-sciences-societe.fr difficile à classer, et utile à connaître.