La grille indiciaire structure la rémunération de tous les fonctionnaires, mais elle ne produit pas les mêmes effets selon que l’on relève de la fonction publique d’État (FPE) ou de la fonction publique territoriale (FPT). À indice majoré identique, le traitement brut est rigoureusement le même. Les écarts de salaire réels se jouent ailleurs : régime indemnitaire, rythme d’avancement, et depuis juillet 2026, architecture des emplois de direction.
Réforme de l’encadrement supérieur territorial : ce qui change depuis juillet 2026
La réforme de l’encadrement supérieur territorial, entrée en vigueur en juillet 2026, modifie la structure de certains emplois de direction dans la FPT. Une nouvelle architecture indiciaire pour les emplois de direction a été mise en place, avec dans plusieurs cas une intégration des compléments de rémunération dans un régime indemnitaire spécifique.
Cette réforme concerne les collectivités de taille significative. Les collectivités de moins de 40 000 habitants conservent un régime inchangé. Nous observons donc une fracture croissante au sein même de la territoriale, entre grandes intercommunalités et petites communes rurales.
Côté État, la restructuration des corps d’encadrement supérieur (administrateurs de l’État) suit une logique différente, avec un échelonnement indiciaire propre aux élèves administrateurs territoriaux précisé par le décret n° 2026-676 du 27 juillet 2026. La comparaison entre les deux versants de la haute fonction publique devient plus complexe qu’une simple lecture de grille.

Traitement indiciaire : un mécanisme identique, un point d’indice gelé
Le calcul du traitement brut repose sur la même formule dans les trois versants de la fonction publique. L’indice majoré (IM), qui s’échelonne de 208 à 835, est multiplié par la valeur du point d’indice. Les indices bruts vont de 100 à 1 027.
Le point d’indice reste gelé en 2026, sans revalorisation générale depuis 2024. À grade et échelon équivalents, un attaché territorial et un attaché d’administration de l’État perçoivent donc exactement le même traitement de base.
Certains grades d’encadrement supérieur (dits A+) comportent des échelons dont le traitement dépasse l’indice majoré 835, via un système de groupes hors échelle. Ce mécanisme existe aussi bien dans la FPE que dans la FPT, mais les corps et cadres d’emplois concernés ne sont pas symétriques.
Régime indemnitaire : le vrai facteur d’écart salarial entre État et territoriale
La grille indiciaire ne dit rien des primes. C’est le régime indemnitaire qui creuse les différences de rémunération nette entre un agent de l’État et un agent territorial de même catégorie.
Le principe de parité et ses limites
Les collectivités territoriales fixent librement leur régime indemnitaire, dans la limite du plafond applicable au corps de référence de l’État. En pratique, les petites collectivités versent souvent des primes bien inférieures aux plafonds autorisés, faute de moyens budgétaires. Les grandes métropoles et certains départements peuvent au contraire atteindre, voire approcher, les niveaux pratiqués dans les ministères.
Nous recommandons de ne jamais comparer deux postes uniquement sur la base de la grille. Le différentiel indemnitaire peut représenter une part très significative de la rémunération globale, en particulier pour les catégories A.
RIFSEEP et NBI
Le RIFSEEP (régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel) s’applique progressivement aux deux versants. La nouvelle bonification indiciaire (NBI) s’ajoute au traitement pour certaines fonctions. Les conditions d’attribution diffèrent selon les cadres d’emplois territoriaux et les corps de l’État :
- Dans la FPE, la NBI est attachée à des fonctions listées par arrêté ministériel, avec peu de marge locale.
- Dans la FPT, l’assemblée délibérante peut moduler certaines attributions de NBI en fonction des responsabilités exercées.
- Le RIFSEEP territorial est plafonné par référence au corps équivalent de l’État, ce qui crée une dépendance structurelle de la FPT vis-à-vis des barèmes ministériels.
Avancement d’échelon et de grade : des rythmes qui divergent
La durée de séjour dans chaque échelon est fixée par décret pour chaque cadre d’emplois (FPT) ou corps (FPE). Sur le papier, les grilles de catégorie C sont quasi identiques entre État et territoriale, avec les mêmes échelles C1, C2 et C3.
Les écarts apparaissent sur l’avancement de grade. Dans la FPE, les tableaux d’avancement sont gérés par les ministères avec des taux de promotion fixés nationalement. Dans la FPT, c’est l’autorité territoriale qui décide, après avis de la commission administrative paritaire, dans la limite de ratios promus/promouvables définis par chaque collectivité.
Résultat : un adjoint administratif territorial peut voir sa progression ralentie dans une commune qui fixe un ratio bas, alors qu’un adjoint administratif de l’État bénéficiera d’un ratio national souvent plus favorable. L’inverse peut aussi se produire dans les grandes collectivités qui appliquent des ratios élevés.

Catégorie C et seuil du SMIC : une contrainte commune aux deux versants
Le bas de grille de catégorie C pose un problème récurrent. Lorsque le SMIC augmente sans revalorisation du point d’indice, les premiers échelons de la grille passent sous le seuil légal. L’administration verse alors une indemnité différentielle pour compenser, mais cela compresse les écarts entre échelons et réduit l’effet de l’ancienneté sur la rémunération.
Ce phénomène de tassement touche aussi bien la FPE que la FPT. Avec le gel du point d’indice en 2026, la situation se maintient pour les agents en début de carrière.
- L’indemnité différentielle n’est pas prise en compte pour le calcul de la retraite, contrairement au traitement indiciaire.
- Le tassement des premiers échelons réduit l’attractivité des promotions internes en catégorie C.
- Les collectivités territoriales n’ont aucune marge pour ajuster le point d’indice, contrairement au régime indemnitaire qu’elles peuvent moduler.
Comparer les grilles entre FPE et FPT sans intégrer le régime indemnitaire, les ratios d’avancement et les réformes récentes de l’encadrement supérieur donne une image tronquée du salaire réel. Le traitement de base est identique à indice égal, mais la rémunération globale dépend de paramètres que la grille seule ne capture pas. Pour un agent en poste ou en mobilité, la lecture croisée de la grille, du régime indemnitaire local et des perspectives d’avancement reste la seule approche fiable.

